Analyse
25/3/26

Une nouvelle crise alimentaire mondiale menace : « pire que lors de l’invasion de l’Ukraine »

L’ombre d’une nouvelle crise alimentaire plane sur le marché mondial – et son impact risque d’être encore plus important qu’après l’invasion russe de l’Ukraine. La hausse des prix, la réduction des marges pour les agriculteurs et la menace d’une crise alimentaire toucheront également de plein fouet le secteur de la distribution, met en garde la FAO des Nations unies.

Les engrais, catalyseurs de la crise

Alors que les tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz s’intensifient, des millions de tonnes d’engrais bloquent les voies d’approvisionnement. Le prix de l’urée, une matière première essentielle pour la fabrication d’engrais, a déjà augmenté de 40 %. Pour les agriculteurs, de l’Argentine au Bangladesh, cela signifie un choix impossible : réduire les semis ou se tourner vers des cultures nécessitant moins d’engrais, comme le soja ou les biocarburants. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) met en garde contre un « niveau alarmant d’insécurité alimentaire » si le conflit dure plus d’un mois.

Dans ce cas, les consommateurs européens ressentiront surtout une hausse des prix dans les supermarchés, tandis qu’en Asie et en Afrique, les pénuries alimentaires pourraient entraîner des troubles sociaux. 45 millions de personnes supplémentaires risquent de souffrir de famine aiguë – soit plus que lors de la crise de 2022. C’est ce qu’a déclaré Maximo Torero, économiste en chef de la FAO, au journal De Standaard. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que les coûts de transport des denrées alimentaires pourraient augmenter jusqu’à 4 000 dollars par conteneur, ce qui accentue encore la pression sur les prix.

Une crise dans les rayons des magasins ?

Pour les détaillants, cela représente un double défi. D’une part, la hausse des prix à la consommation entraînera des changements dans les comportements d’achat, avec une demande potentiellement accrue pour des marques de distributeur moins chères ou des produits alternatifs. D’autre part, les chaînes d’approvisionnement risquent d’être encore plus perturbées, en particulier pour les produits frais et les denrées alimentaires de base.

Des pays comme la Chine et les États-Unis sont mieux préparés grâce à des investissements dans l’agriculture de précision et à des stocks stratégiques. L’Europe, en revanche, semble plus vulnérable. La France, autrefois championne de l’exportation alimentaire, a importé l’année dernière plus de denrées alimentaires qu’elle n’en a exportées, pour la première fois en dix ans. Au Royaume-Uni également, le secteur agricole n’est plus rentable.

La FAO plaide en faveur d’une intervention publique, telle qu’un soutien financier aux agriculteurs et la limitation temporaire des biocarburants afin de libérer des terres agricoles pour la production alimentaire. L’agriculture de précision – qui utilise la technologie pour optimiser l’utilisation des engrais – peut également contribuer à limiter l’impact. Mais la question est de savoir si l’Europe sera capable de réagir assez rapidement.

Une dépendance douloureusement évidente

La crise met également en évidence la vulnérabilité des dépendances mondiales. Alors que la Chine restreint ses exportations d’engrais, les pays disposant de leurs propres stocks ou de capacités de production bénéficieront d’un avantage stratégique. Pour l’Europe, c’est une incitation supplémentaire à investir dans la sécurité alimentaire et l’innovation dans le secteur agricole.

Les mois à venir seront cruciaux. Si le conflit autour du détroit d’Ormuz est rapidement résolu, les marchés pourront se redresser. Dans le cas contraire, une longue période de volatilité des prix et de pénurie menace, avec des conséquences considérables pour le marché alimentaire.

Retail Detail

Retour aux actualités