Le marché belge de la distribution alimentaire et des produits de grande consommation est entré dans une nouvelle phase. L'inflation extrême de 2022 et 2023 est derrière nous, mais le marché a fondamentalement changé. L'année 2025 a été une année de transition : les prix ont augmenté moins rapidement. Les volumes se stabilisent prudemment, mais les tensions sous-jacentes restent importantes.
La réalité est claire : le consommateur paie structurellement plus qu'avant la crise, alors que le volume de produits achetés ne croît guère. Le choc des prix est passé, mais la pression persiste.
2025 : une inflation plus faible, mais pas de retour à la « normale »
En 2025, le marché belge des produits de grande consommation a augmenté d'environ 3,3 % en valeur (source : NielsenIQ). Cette croissance est soutenue par une augmentation moyenne des prix de 1,9 % et une croissance des volumes de 1,3 %. L'inflation s'est donc clairement ralentie par rapport aux années précédentes. L'inflation alimentaire, qui atteint environ 0,7 %, est même inférieure à l'inflation générale de 3,1 %. Les produits alimentaires ont donc augmenté moins rapidement que les autres postes de dépenses, notamment en raison d'un recalibrage des négociations et des conditions d'achat (en Belgique et au niveau européen), mais aussi en raison de la forte concurrence locale qui rend les produits alimentaires moins chers en Belgique qu'aux Pays-Bas, par exemple, pour une qualité comparable.
Il y a plusieurs explications à cela :
- Les marques de distributeur ont vu leur prix moins augmenter pendant la période de forte inflation, mais elles sont devenues moins avantageuses pour le consommateur lorsque l'inflation a baissé.
- La pression promotionnelle est passée de 17,6 % à 20,1 % du marché (source : YouGov). Cela signifie que les marques ont regagné des parts de marché grâce à des promotions plus importantes.
- La concurrence entre les retailers a conduit à une fixation des prix plus stricte. Mais d'un autre côté, elle a également conduit aux marges les plus faibles dans l'industrie alimentaire (2,7 %, source Fevia) et l'agriculture.
- Un environnement de coûts plus stable : en 2025, les coûts de main-d'œuvre n'ont pas augmenté plus que l'indice ; l'énergie était raisonnablement maîtrisée, la ventilation des prix était un peu plus transparente et empêchait certaines hausses de coûts inexplicables.
L’alimentation ne s’attribue pas une part plus importante du budget des ménages : elle pèse environ 15 % des dépenses totales. Dans les années 80, ce chiffre était encore de 23 %
Pierre-Alexandre Billiet- CEO Gondola
Cela ne signifie toutefois pas que l'alimentation redeviendra « bon marché » en 2026. Le niveau des prix restera structurellement plus élevé qu'avant 2020. Ce qui est clair, c'est que, paradoxalement, l'alimentation ne représente pas une part plus importante du budget des ménages. L'alimentation (boissons comprises, hors restauration) représente environ 15 % des dépenses totales. Dans les années 80, ce chiffre était encore de 23 % (source Gondola, Statbel). Ce qui a augmenté, c'est la part des dépenses dans la restauration, qui est passée de 4 à 5 % dans les années 80 à près de 8 % aujourd'hui. Le consommateur dépense donc moins pour l'alimentation dans le commerce de détail alimentaire.
En outre, les conditions météorologiques exceptionnellement chaudes et sèches de 2025 ont donné un coup de pouce temporaire de près de 1 % à la croissance du marché dans des catégories telles que les glaces, l'eau et les boissons rafraîchissantes. Cela masque en partie la pression structurelle sur les volumes.
Prévisions 2026 : hausse des prix
Pour 2026, on prévoit une croissance en valeur d'environ 2,2 %, avec une croissance en volume de seulement 0,4 % et une hausse des prix d'environ 1,8 %. L'inflation restera faible dans un premier temps, mais sera particulièrement soumise aux turbulences géopolitiques et climatiques. Les prix ne baisseront certainement pas cette année, la base de coûts ne revenant pas au niveau d'avant 2020.
D'autres facteurs peuvent influencer le marché :
- Une éventuelle augmentation de 1 % de la TVA.
- Des prix de l'énergie plus élevés.
- Des logements plus chers.
- Une augmentation de la consommation locale en raison des tensions géopolitiques.
Les baisses de prix temporaires et relatives de 2025 restent aujourd'hui soumises à des tensions sous-jacentes et à une pression à la hausse sur les prix. Ces éléments renforcent le problème du choix d'achat chez le consommateur. La question n'est plus de savoir si l'on dépense, mais à quoi l'on donne la priorité.
Les principaux paramètres de l'inflation alimentaire pour 2026 sont les suivants :
- Tensions géopolitiques et impact sur l'énergie (10 % de l'inflation alimentaire).
- Changement climatique (30 % de l'inflation alimentaire).
- Logistique : certains produits commercialisés via le détroit d'Ormuz ou produits au Moyen-Orient. L'huile de coco, les noix de cajou, certaines crevettes, les raisins, le gingembre et les avocats pourraient subir un impact sur leur prix et leur volume, comme l’huile de palme
- Fluctuations mondiales : à terme, un changement des habitudes de consommation pourrait influencer le marché massif que représentent au Moyen-Orient le poulet et le maïs, et donc les prix mondiaux, aboutissant dans ce cas-ci une pression à la baisse sur les prix.
- Fluctuations dans la chaîne d'approvisionnement et la disponibilité : à partir de 2026, non seulement le prix, mais surtout la disponibilité deviendront progressivement un paramètre important.
De premiers signes légers de l’impact de la guerre perceptibles dans les supermarchés belges
Selon les dernières évolutions, les ventes de pâtes, de riz, mais aussi de farine et de sucre ont augmenté de plusieurs pourcents, signe que le consommateur belge commence à s'inquiéter et à faire des provisions. En outre, certaines denrées alimentaires hors promotion (œufs, sucre, etc.), qui sont pour la plupart des produits de base, ont vu leurs ventes augmenter.
Il y aurait une augmentation de la fréquentation dans les supermarchés plutôt que dans les commerces de proximité, mais cela peut également être lié, par exemple, à des températures plus élevées et à un temps ensoleillé, qui incitent les consommateurs à se rendre plus rapidement dans les magasins. Il n'y a généralement aucun signe de syndrome du papier toilette ou d'inquiétude extrême, mais Gondola recommande aux commerçants indépendants de garder un œil sur les produits de base.
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