Resserrement défensif lors de l'assemblée générale de Colruyt ce mercredi soir. Le distributeur de Hal veut continuer à investir et à croître, tout en prévenant que le prochain exercice sera soumis à encore plus de pression sur les marges.
“Même lorsque les circonstances se compliquent, nous choisissons délibérément de ne pas nous écarter de nos principes fondamentaux”, a déclaré Jef Colruyt, le président du groupe patronyme, lors de l'assemblée générale des actionnaires. Alors que le commerce alimentaire subit la pression des prix, les tensions sociales, les mutations technologiques et le changement climatique, l'entreprise familiale a profité de l'occasion pour défendre sa vision sur le long terme : rester proche du client, investir dans les territoires et transformer l’efficacité en avantage collectif. Derrière cette réaffirmation de valeurs, un message répété à propos du marché “riche en défis” a résonné de façon plus préoccupante. Le communiqué de presse résume ainsi: “Le groupe estime que le résultat d'exploitation de l'exercice 2026/27 connaîtra une légère baisse par rapport à l'exercice précédent, notre objectif étant de limiter cette baisse au maximum.”
Citant des résultats asymétriques, l'actuel premier retailer du pays précise aux investisseurs qu’une bonne résistance initiale ne constituera pas nécessairement un indicateur fiable de la performance annuelle. Et pour cause, les problèmes sont connus: le décalage entre prix de vente et base de coûts. L’inflation alimentaire reste faible, ce qui limite la capacité du distributeur à augmenter ses prix, tandis que les coûts énergétiques, logistiques et salariaux continuent de progresser.
La promesse du prix bas devient (trop) coûteuse
Le distributeur flamand se retrouve donc coincé entre deux impératifs contradictoires. Il doit préserver son image de champion du prix, sous peine de perdre sa différenciation, mais il doit également protéger une marge déjà soumise à la surenchère promotionnelle et à la pression des coûts opérationnels.
La part de marché combinée de Colruyt, Okay et Spar a reculé de 28,5% à 28,3% entre l’exercice 2025/26 et les cinq premiers mois de 2026/27. La baisse s'avère jusqu'à présent limitée, mais elle intervient alors que le groupe tente précisément de renforcer son maillage, d’améliorer ses horaires et de développer ses solutions digitales.
Cette évolution suggère par ailleurs que les investissements engagés ne produisent pas encore suffisamment d’effets pour inverser la dynamique concurrentielle. Elle peut aussi refléter un changement plus profond du marché belge, dans lequel l’ouverture dominicale, la proximité et la promotion prennent davantage de poids face à la seule comparaison des prix. “Nous maintenons notre cap et misons sur une croissance basée sur les besoins de nos clients”, a assuré le CEO Stefan Goethaert.
Leviers opérationnels et technologiques
Caisses intelligentes dans tous les magasins d’ici la fin de l'année, automatisation, IA... Le groupe Colruyt comptent s'appuyer sur les technologies comme levier d'amélioration des processus internes, pour à la fois augmenter la productivité et idéalement renforcer la force d'action commerciale. Cette orientation apparaît cohérente, mais elle comporte un risque : les gains technologiques ne seront significatifs que s’ils se traduisent rapidement par une réduction des coûts, une meilleure disponibilité des produits ou une expérience client améliorée.
En parallèle, Colruyt mise sur la diversification: Collect&Go, Foodbag, pharmacie en ligne, fitness, non-food ou encore énergie. Tous ces segments doivent contribuer à réduire la dépendance au modèle traditionnel du grand magasin périphérique à assortiment maîtrisé. Toutefois, ces activités présentent des profils économiques très différents. La communication de l'entreprise ne permet pas de déterminer lesquelles créent réellement de la valeur et lesquelles nécessitent encore des investissements.
Quant au dividende de 1,38 euro par action et l’effet ponctuel de 30 millions d’euros lié à GEOxyz, ces éléments apportent un soutien au récit financier mais ils ne modifient pas la tendance sous-jacente. La question pour les prochains mois semble toute naturelle: Colruyt peut-il financer simultanément l’expansion de son réseau, la transformation technologique, la décarbonation de sa logistique et la diversification de ses activités, en limitant l’érosion de sa marge, tout en garantissant des prix au plancher ?