Analyse
17/12/25

Les recettes éprouvées ne permettront pas à Colruyt Group de sortir de l’ornière

Colruyt Group reste serein malgré ses mauvais résultats semestriels, mais devra réaliser un second semestre exceptionnel pour atteindre ses objectifs de bénéfices. Les points faibles sont connus depuis longtemps, mais les solutions sont loin d’être trouvées…

Colruyt doit se remettre en question

Une baisse des bénéfices de plus de 15 % n’est jamais une bonne nouvelle, même si elle était quelque peu attendue. Lors de la publication des résultats semestriels mercredi soir, Colruyt Group n’a pas réussi à surprendre positivement les investisseurs. Le détaillant affirme toutefois viser un résultat d’exploitation et un résultat net stables. Cela suppose une amélioration significative des chiffres au second semestre de l’exercice, et la question est de savoir comment l’entreprise compte y parvenir.

Les points sensibles évoqués par Colruyt sont en effet connus depuis longtemps : la concurrence croissante sur le marché belge, la pression sur les prix et les promotions qui en découle, la généralisation des ouvertures le dimanche dans les chaînes de franchise, l’application prématurée de la suppression du jour de repos obligatoire, les inégalités dues aux différences entre les systèmes salariaux et les conditions de travail… Mais un accord sur ces comités paritaires – qui semble encore lointain – dissiperait-il toutes les inquiétudes du groupe Colruyt ? L’entreprise se tourne résolument vers les pouvoirs publics, mais elle peut aussi se remettre en question.

Problèmes fondamentaux

Les mesures énumérées par le détaillant dans son communiqué de presse semblent en effet trop familières. Il faut surveiller les coûts, continuer à miser sur l’augmentation de la productivité, pouvons-nous lire. Bien sûr. Avec ses caisses faciles, ses caddies intelligents et ses chariots élévateurs autonomes dans les centres de distribution, par exemple. Mais ces innovations ne feront pas revenir les acheteurs. Et avec l’accent très défendable mis sur le B2B, avec les magasins Colruyt Professionals, les activités de gros et de restauration, le groupe ne résout pas son problème fondamental : la baisse des performances de ses magasins Colruyt Laagste Prijzen, qui représentent la majeure partie du chiffre d’affaires du groupe.

Et le développement des catégories dans ces magasins ? Avec la modernisation des boulangeries (pour l’instant dans quatre magasins), Colruyt ne fait que rattraper un (important) retard sur la concurrence. Quant à savoir si l’introduction de fleurs, de magazines et de marques haut de gamme dans les domaines de l’alimentation et des cosmétiques séduira les clients soucieux des prix, la question reste ouverte. L’alliance d’achat Vasco International Trading doit améliorer la position de négociation face aux grandes multinationales FMCG, mais reste un acteur mineur en Europe.

Questions existentielles

Nous entendons dire sur le marché que le sentiment d’urgence est grand à Halle. De nombreux groupes de travail et de projet, composés d’experts externes, réfléchissent à des solutions potentielles. Cela prendra du temps et beaucoup de créativité. L’engagement accru dans les formules de proximité et urbaines avec Okay, Okay City, Spar, Bon et Delitraiteur montre que le détaillant est conscient du problème, mais ce segment reste pour l’instant marginal au sein du groupe.

Le problème structurel de Colruyt est d’ordre démographique : dans une société où la proportion de petites familles et de ménages d’une seule personne augmente rapidement, les magasins qui misent sur les tickets de caisse élevés, les emballages familiaux et les promotions sur le volume (le message « plus vous achetez, plus vous économisez » est toujours affiché dans les rayons) n’apportent pas de réponse satisfaisante. S’en tenir à cet ADN semble intenable, mais confronte l’entreprise à des questions existentielles. Et nous n’avons même pas encore abordé la question de la viabilité de la garantie du prix le plus bas…

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