Selon un rapport du Sénat français, les chaînes de supermarchés empocheraient environ 40 euros sur chaque panier d’achat de 100 euros. Une conclusion qui suscite la colère des PDG d’E.Leclerc et de Carrefour, entre autres.
Un chiffre remarquable
La forte hausse de l’inflation alimentaire a incité le Sénat français, il y a un an et demi, à examiner de près les rapports de force commerciaux dans la grande distribution. La semaine dernière, l’assemblée a publié un rapport détaillé contenant des propositions visant à rétablir l’équilibre dans les relations entre les fournisseurs et les chaînes de supermarchés, qui abuseraient de leur pouvoir de négociation excessif, contourneraient la législation française (stricte) sur les accords commerciaux via des groupements d’achat internationaux et manqueraient de transparence.
Un chiffre remarquable de ce rapport a immédiatement attiré l’attention : selon le Sénat, les distributeurs alimentaires empochent 40 euros sur chaque panier d’achat de 100 euros. Au vu des derniers résultats financiers annuels des chaînes de supermarchés, cotées ou non en bourse, ce chiffre fait froncer les sourcils. Et il a suscité la colère de nombreux dirigeants du secteur.
« Absurde »
Devant les caméras de la chaîne d’information économique française BFMTV, c’est d’abord le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, qui est venu exprimer son mécontentement. Ce rapport, qu’il qualifie d’« absurde », est une insulte à l’ensemble du secteur, affirme-t-il, et a été dicté par le lobby des multinationales de l’agroalimentaire. Il va en outre à l’encontre des intérêts des consommateurs qui voient leur pouvoir d’achat mis à mal. Un hypermarché réalise une marge brute d’environ 26 % et en retire 1 % de bénéfice net avant impôts.
Jeudi dernier, son collègue Michel-Édouard Leclerc s’est joint à lui : le rapport est « inepte », affirme-t-il. Ce sont précisément les chaînes de supermarchés qui se battent pour le pouvoir d’achat et des prix bas : « Pouvez-vous imaginer à quel point l’inflation serait élevée si je n’étais pas là ? » Ce sont les distributeurs qui limitent les hausses de prix demandées par les fabricants, affirme-t-il. Il exclut toute réouverture des négociations tarifaires, alors que la guerre en Iran attise l’inflation. De plus, il reproche aux fabricants un manque de transparence quant à l’origine exacte de leurs ingrédients et de leurs produits.
Thierry Cotillard, PDG des Mousquetaires (Intermarché), et Dominique Schelcher, de la Coopérative U, évoquent eux aussi sur leurs réseaux sociaux un procès en intention. Un débat de fond sur les 24 propositions formulées par le Sénat pour mieux réguler les relations commerciales semble donc lointain. C’est peut-être d’ailleurs le but recherché.
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