Nouveau développement dans le débat autour des ouvertures du dimanche : les syndicats SETCa et BBTK lancent une campagne hostile aux ouvertures du dimanche généralisées.
Tout est dans le timing. Le gouvernement fédéral vient tout juste de concrétiser son intention de dispenser le commerce de l’obligation d’une fermeture hebdomadaire. Ce qui revient entre autres à autoriser les ouvertures de dimanche. Comme nous le rappelions dans ce papier d’analyse, ceci ne dispense pas les enseignes de distribution intégrées désireuses d’ouvrir le dimanche de devoir négocier avec les organisations syndicales les conditions de ces ouvertures dominicales. Un dialogue qui a abouti avec succès chez Carrefour et Okay, qui est en cours chez Lidl. Et qui s’annonce plus ardu chez Aldi, qui a également annoncé son intention de sivre le mouvement. En déclenchant un vaste mouvement de grogne et des grèves ce week-end, que nous jugions davantage liées à la qualité actuelle du dialogue social chez le discounter qu’à une question de principe. Pourquoi, sans préjuger du contenu du contenu obtenu par négociation, refuserait-on demain à Aldi, et après-demain à Colruyt Meilleurs Prix, quand l’enseigne leader s’alignera la dernière sur la nouvelle norme du marché, ce qu’on aura consenti à leurs concurrents fonctionnant sous la même commission paritaire ? S’agirait-il, comme au jeu de chaise musicale, de ne surtout pas être le dernier debout quand s’arrête la musique?
Mais peut-être avions-nous tort, à lire les termes du communiqué rédigé par les syndicats socialistes SETCa et BBTK. Une chose est certaine : l’annonce d’Aldi n’a pas seulement suscité des grèves chez le discounter, elle a probablement éveillé une hostilité plus générale parmi la base, comme le confirme le SETCa : “Bien qu’ils ne soient assurément pas la première chaîne à ouvrir le dimanche, cela a suscité un vif débat sur le bien-fondé ou non des ouvertures dominicales. La position du SETCa est claire. Le dimanche n’est pas un jour comme les autres. (...) Associé à la fermeture hebdomadaire obligatoire, c’est un temps pour souffler, se retrouver en famille, voir ses proches, partager un repas, avoir des loisirs ou, simplement, prendre du temps pour soi. (...) Généraliser le travail du dimanche, c’est poser à nouveau la question de sa nécessité : l’ouverture du dimanche et le travail qui y est lié sont-ils nécessaires à notre vie de client ou répondent-ils à des envies. Si la réponse est qu’il n’est pas nécessaire, pourquoi doit-on détricoter la vie des travailleurs du commerce pour rendre celle des consommateurs plus « fun » ? La question au client : et vous, travailleriez-vous le dimanche si ce n’était pas nécessaire, comme ça l’est par exemple dans les soins de santé ? On ne peut et on ne doit pas déréguler un secteur parce que c'est soi-disant ce que souhaite le consommateur.”
Quel(s) destinataire(s) pour ce message ?
La Présidente du SETCa, Myriam Delmée déplore l’évolution en cours : « Dans le secteur du Commerce, la pression pour ouvrir les magasins tous les dimanches ne cesse d’augmenter. Cette évolution s’explique notamment par la multiplication des franchises dans de grandes enseignes comme Delhaize ou Mestdagh et des champs de compétences de commissions paritaires de moins en moins en lien avec la réalité. » Et elle se montre sceptique sur la capacité des ouvertures du dimanche à permettre au commerce physique de contrer la concurrence de l’e-commerce.
L’argumentaire du SETCa est, comme souvent, très bien construit et rédigé, et celà ne surprendra pas ceux qui connaissent sa Présidente. Mais il ne désigne pas de façon très précise sa cible. S’agit-il du Gouvernement fédéral, qui a pris la décision de libéraliser les ouvertures ? Assurément. S’agit-il de viser les distributeurs, et de leur rappeler que si “les dimanche ne sont pas à vendre”, ils ne le sont en tout cas pas à n’importe quel prix ? Bloquer toute nouvelle négociation sur ce sujet avec ceux qui ne sont pas encore ouverts le dimanche (Lidl, Aldi et Colruyt Meilleurs Prix) ne serait pas seulement peu cohérent : ce serait accorder de fait un privilège commercial à ce modèle de la franchise dont les syndicats ne cessent de regretter l’essor. S'agit-il de rassurer la base sur la fermeté avec laquelle on défendra ses intérêts ?
Contactée par nos soins, Myriam Delmée ne cache effectivement pas que les griefs syndicaux s’adressent d’abord au gouvernement, dont la politique fragiliserait toujours davantage le statut des travailleurs du commerce, avec les flexijobs, et une logique qui enferme de plus en plus les travailleurs à temps partiel dans le temps partiel et donc la précarité. Elle rapelle que les syndicats appellent depuis longtemps à la tenue d’une table du ronde du commerce, et en vain. Elle déplore aussi qu’aucune concertation sectorielle n’ait pu être obtenue à l’échelon de Comeos. Quant aux négociations tenues au sein même des entreprises, elle précise qu’il ne s’agit ni d’être fermée à la discussion par idéologie, ni de revenir sur les accords conclus. La négociation intervenue chez Carrefour sert de référence : le distributeur a mis sur la table une série de conditions et garanties permettant un accord équilibré. Logiquement, et par correction envers Carrefour, il ne peut s’agir d’accepter chez ses concurrents des propositions moins favorables.
Une chose est certaine : contrairement aux apparences, le débat sur les ouvertures du dimanche ne s’est pas éteint vendredi dernier.
Gondola