Analyse
8/6/26

Les coûts liés aux paiements électroniques : opaques et trop élevés pour les commerçants

Un nouveau rapport gouvernemental confirme ce que les commerçants savent depuis un certain temps : les paiements électroniques en magasin sont devenus trop complexes et leurs coûts manquent de transparence. Comment ces problèmes se manifestent-ils et que faut-il faire pour les résoudre ? Trends a posé la question à Lieven Cloots, expert en la matière chez Unizo.

Lieven Cloots n'est pas surpris par les résultats de l'étude. « Nous avons soulevé ces problèmes auprès de diverses organisations il y a quelque temps », explique-t-il. « L'Observatoire des prix de l'économie du service public fédéral a également confirmé les points que nous avions soulevés. »

TENDANCES : Quels sont les problèmes les plus urgents liés aux paiements électroniques pour les entrepreneurs ?

Lieven Cloots : « Deux points sont essentiels pour nous. Premièrement, les commerçants ont du mal à y voir clair. De nombreux nouveaux acteurs ont fait leur entrée sur le marché, mais les commerçants restent souvent prisonniers d’anciennes formules tarifaires. L’Observatoire des prix confirme que, selon le fournisseur, on peut finir par payer beaucoup plus que nécessaire. »

Aux Pays-Bas, le développement des paiements électroniques a entraîné une réduction de moitié des coûts de transaction.

Lieven Cloots, Unizo

Le second problème, qui n'apparaît pas dans l'étude, concerne l'évolution des coûts de transaction en Belgique. En une dizaine d'années, le nombre de transactions est passé de 1,4 milliard à environ 4 milliards par an. Cette augmentation a certes engendré des économies d'échelle, mais celles-ci ne se sont pas traduites par une baisse des coûts pour les entrepreneurs. Aux Pays-Bas, le développement des paiements électroniques a permis de réduire de moitié les coûts de transaction. En Belgique, ces coûts demeurent aussi élevés.

TENDANCES : Comment ces problèmes se manifestent-ils concrètement pour un commerçant ?

Lieven
: « Lorsqu’un client paie avec son smartphone, le commerçant ne peut pas savoir s’il utilise une carte Mastercard, Bancontact ou Visa. Ce n’est que sur la facture que le commerçant peut voir le mode de paiement utilisé. Un paiement par Bancontact est relativement peu coûteux : 12 centimes d’euro. Avec une carte de crédit Visa ou Mastercard standard, le commerçant paie 1 % du montant. Avec une carte de crédit professionnelle, ce pourcentage grimpe rapidement entre 2 et 3 %. »

Ainsi, pour un montant de 100 euros, vous pourriez payer 12 centimes de frais de transaction, ou entre 1 et 3 euros. Vous ne le savez pas à l'avance et, en tant qu'entrepreneur, vous n'avez aucun contrôle sur ces frais. Cela peut engendrer de mauvaises surprises. Il y a dix ans, c'était encore relativement clair. À l'époque, on pouvait voir si un client utilisait une carte Bancontact ou Visa. Désormais, les titres-restaurant sont eux aussi systématiquement liés à Visa et Mastercard. Ces évolutions nuisent à la prévisibilité.

TENDANCES : L'Observatoire des prix a également constaté que les sociétés de titres-repas affichent des marges plus élevées que celles du secteur des paiements électroniques. Les coûts pour les commerçants sont proportionnellement plus élevés.

Lieven explique : « Le système des titres-repas est très différent de celui des paiements électroniques. Dans ce dernier cas, le fournisseur émet la carte et traite lui-même les paiements. Les volumes sont plus faibles. Les titres-repas représentent environ 2 % des 180 milliards d'euros de paiements électroniques annuels. Nous suivrons de près l'intégration avec Visa et Mastercard, car je pense que les prix pour les commerçants augmenteront encore dans les années à venir. »

TENDANCES : Comment les commerçants peuvent-ils anticiper cela ?

Lieven : « Il y a très peu de marge de manœuvre. Les commerçants pourraient, par exemple, indiquer à leur prestataire de paiement qu’ils n’acceptent que Bancontact. Cela exclurait, de fait, des services comme Apple Pay et les titres-restaurant. Mais en tant qu’entrepreneur, on souhaite naturellement que les clients puissent payer facilement. C’est pourquoi les commerçants hésitent à franchir le pas. »

Vous pouvez également demander un aperçu de toutes les options de paiement proposées par le prestataire. Vous recevrez alors un document d'environ 50 pages listant 300 cartes différentes. Il est souvent impossible, dès lors, de choisir les cartes acceptées. Visa et Mastercard exigent que tout établissement acceptant une carte de débit accepte également d'autres cartes, même celles de plus grande valeur.

Réfléchissez bien à la nécessité d'avoir une carte Mastercard et Visa.

« La seule chose que vous puissiez faire, c'est d'observer vos clients. Les commerçants pensent souvent qu'ils doivent accepter tous les moyens de paiement pour que chacun puisse payer. En Belgique, chaque client possède une carte Bancontact. Donc, en principe, vous pouvez continuer ainsi. Si vous souhaitez utiliser d'autres systèmes, privilégiez plutôt Wero (anciennement Payconiq). Les coûts y sont bien moindres. »

Réfléchissez bien à vos besoins réels en matière de systèmes comme Mastercard ou Visa, car c'est souvent là que réside la complexité. Demandez plusieurs devis à différents fournisseurs et comparez les prix. En bref, faites vos recherches.

TENDANCES : L’étude a été commandée par le ministre de l’Économie, David Clarinval (MR), mais que devrait en faire le gouvernement fédéral ?

Lieven : « Ils envisagent de créer un outil de comparaison des prix. Grâce à quelques paramètres, un entrepreneur devrait pouvoir choisir le fournisseur offrant le meilleur prix. Un peu comme le test V pour l’énergie. Deuxièmement, le gouvernement doit interdire par la loi certaines pratiques. L’obligation d’accepter plusieurs cartes d’un même système de paiement doit être supprimée. »

Enfin, à l'instar des Pays-Bas, il conviendrait d'établir une charte des paiements impliquant toutes les parties prenantes. Cette charte devra prévoir des accords concrets afin de favoriser le développement des paiements électroniques en Belgique et de garantir que les commerçants bénéficient des économies d'échelle.

Sources : Tendances & Buurtsuper.be

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