À la veille d’un conclave budgétaire crucial, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) tire la sonnette d’alarme. Neuf mois après l’entrée en fonction du gouvernement Arizona, le changement de cap promis vers une compétitivité accrue et un marché du travail moderne et plus souple menace de céder la place à un retour à la recette traditionnelle : taxer les entreprises au lieu de renforcer l’économie.
Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB : « Au cours des dernières semaines, nous avons approché la concertation budgétaire avec diplomatie et discrétion, et proposé des solutions constructives en vue de concrétiser les réformes. Nous comprenons en effet qu’il s’agit d’un exercice difficile. Mais aujourd’hui, nous sommes très inquiets. L’ambitieux programme de réformes de ce gouvernement risque d’être affaibli et il semble que les coûts pour les entreprises vont à nouveau augmenter au lieu de diminuer. En sus de la hausse explosive des coûts qui a déjà durement touché nos entreprises ces dernières années. Une très mauvaise idée. »
Trois années de récession dans l’industrie
Il est plus qu’évident que tout le monde paie entre-temps le prix de ces fortes augmentations des coûts. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’industrie belge subit une récession depuis près de trois ans. En18 mois, 15.000 emplois industriels ont disparu, notamment chez Audi. Les signaux d’alarme provenant du secteur de la chimie (BASF, Celanese) ne sont pas non plus de bon augure. Par ailleurs, l’emploi stagne dans le commerce et la construction.
La cause ? Une compétitivité qui a été systématiquement érodée :
• Coûts salariaux : handicap de 12,2% par rapport à nos trois pays voisins ; différence de 6 EUR par heure de travail avec les Pays-Bas, la France et l’Allemagne
• Coûts énergétiques : 3 à 4 fois plus élevés pour le gaz qu’aux États-Unis ; nettement plus élevés pour l’électricité que dans les pays voisins
• Frais administratifs : 1 milliard EUR supplémentaires ces dernières années
Résultat : des pertes massives de parts de marché et d’exportation et une utilisation des capacités historiquement faible. La forte consommation maintient certes la croissance économique à 0,3% par trimestre, mais le pouvoir d’achat des Belges masque ainsi un problème sous-jacent rampant : l’érosion de la compétitivité. Et tout le monde sait que le problème de compétitivité d’aujourd'hui annonce le problème de pouvoir d’achat de demain.
Changement de cap
L’accord de gouvernement contenait pourtant un programme de réformes clair : des réformes structurelles pour plus de croissance, une réduction des coûts du travail, de l’énergie et de l’administration, et un assainissement budgétaire grâce à des économies plutôt que de nouveaux impôts. Maintenant qu’il s’agit de concrétiser ce programme, le cap est en train de basculer. Selon les signaux les plus récents, l’on se dirige vers un affaiblissement des réformes et un recours à de nouvelles taxes.
Malades de longue durée : La proposition de faire contribuer financièrement les entreprises plus longtemps, une mesure destinée à récolter 280 millions EUR, n’est rien d’autre qu’une augmentation déguisée des impôts qui n’apporte rien. Une véritable prévention et de véritables leviers de réintégration passent par la responsabilisation de toutes les parties concernées : médecins, travailleurs, employeurs et mutualités. Au même moment et de manière égale. Affirmer que ce coût supplémentaire pour les entreprises sera compensé par la réduction de charges prévue, c’est le monde à l’envers. Ces réductions de charges étaient en soi déjà indispensables pour rétablir un tant soit peu la compétitivité.
De plus, une enquête récente de l’INAMI a révélé que 27% des malades de longue durée ne sont pas malades, soit, par extrapolation, plus de 100.000 personnes sur un total de plus de 500.000Belges. Il est incompréhensible que le gouvernement ne s’attaque pas d’abord à ce problème avant d’introduire de nouveaux prélèvements.
Fiscalité : De nombreux accords conclus et la promesse faite dans l’accord de gouvernement de ne pas taxer encore plus lourdement les entreprises sont à nouveau mis sous pression. Nous avons dépassé le stade où des impôts supplémentaires rapportent des recettes supplémentaires. Au contraire. Dans un pays aussi lourdement taxé que le nôtre, toute augmentation d’impôt aujourd’hui fait exponentiellement plus de mal que de bien. Les impôts supplémentaires sont aujourd’hui le plus grand ennemi des recettes fiscales supplémentaires.
Marché du travail : La flexibilisation promise (heures supplémentaires volontaires, assouplissement des régimes de travail de soirée et de nuit, généralisation des flexi-jobs à tous les secteurs, etc.) est sous pression, malgré un accord de gouvernement qui apporte les bonnes réponses à ces réformes indispensables. Alors que les entreprises de nos pays voisins peuvent opérer dans un cadre réglementaire plus flexible depuis des années, ce qui leur confère un avantage concurrentiel, la Belgique reste désespérément à la traîne. Pourquoi est-il si difficile de faire en Belgique ce qui est la chose la plus normale du monde dans le reste de l’Europe ?
Maintenir le train des réformes sur les rails
« Nous nous demandons vraiment si les mesures promises ne vont pas bientôt sortir tronquées de la concertation et prendre la forme d’impôts déguisés », s’alarme Pieter Timmermans. « Les entreprises ne sont pas un fonds d’urgence dans lequel on peut continuer à puiser impunément parce que l’ambition pour intervenir structurellement et maintenir le train des réformes sur les rails fait défaut. Nous appelons le gouvernement à garder son cap initial. Seules des réformes structurelles ambitieuses qui restaurent notre compétitivité pourront assurer à nouveau une croissance et un emploi durables.»
La demande de la FEB est très simple et dès lors très claire :
1. N’imposez pas de nouvelles taxes aux entreprises, ce qui aurait pour effet d’éroder plus avant l’assiette fiscale au lieu de la renforcer
2. Maintenez les engagements pris dans l’accord de gouvernement en matière de flexibilité et de marché du travail ; et faites ce qui est le plus normal du monde dans le reste de l’Europe
3. En ce qui concerne les malades de longue durée, attaquez vous aux utilisations abusives, puis responsabilisez simultanément et équitablement toutes les parties prenantes concernées.
Source : FEB