Enquête
26/2/26

[Interview] « Avec le rachat de Mestdagh, Intermarché Belgique a gagné vingt ans »

Le fait qu’Intermarché soit actuellement dans le rouge en Belgique est une conséquence logique des investissements importants lié au rachat de Mestdagh, estime la direction, qui déplore les critiques récurrentes de certains entrepreneurs mécontents : « Il y a certes eu des défis, mais ils sont derrière nous. Les chiffres le prouvent. »

Doublement

Après plusieurs faillites et fermetures ces derniers mois, l’agitation semble reprendre chez Intermarché en Belgique. Certains entrepreneurs s’adressent à nouveau à la presse : en raison de problèmes logistiques et informatiques, plusieurs magasins n’atteignent pas les objectifs de croissance du chiffre d’affaires et de marges requis, affirment-ils, tandis que la direction rejette la faute sur les exploitants individuels.

Ce dernier point est absolument faux, réagit le directeur exécutif Arnaud Meyrant, qui a rejoint le groupe en avril dernier après avoir travaillé pour le groupe Louis Delhaize. « Notre groupement d’adhérents fonctionne de manière collective et coopérative. Lorsque certains entrepreneurs rencontrent des difficultés à un moment donné, ils sont accompagnés par le groupement et par d’autres adhérents. » Il souhaite replacer les choses dans leur contexte : le rachat de Mestdagh a entraîné une transformation majeure pour le groupe, avec un doublement des activités et les défis financiers, logistiques, commerciaux et humains que cela implique.

Investissements lourds

Les anciens magasins du groupe Mestdagh étaient en effet négligés et sous-performants. La transformation vers le concept Intermarché nécessite des investissements lourds, mais ils en valent la peine, témoigne Benoît Debusschere, adhérent depuis 2017. Il exploite des magasins à Mouscron et Estaimpuis, ainsi que, avec un partenaire commercial, les anciens magasins Mestdagh à Genappe et Gerpinnes. Il est également membre du conseil d’administration depuis la fin de l’année dernière.

« Nous avons repris nos premiers magasins Mestdagh en juillet 2023. Nous avons choisi de les transformer immédiatement selon le concept Intermarché, car le chiffre d’affaires par m² de ces magasins était très faible. La première réouverture a eu lieu en novembre. Fin 2025, nous avions déjà doublé le chiffre d’affaires à Gerpinnes, et même triplé celui de Genappe. Il s’est donc avéré tout à fait possible de faire de ces anciens magasins Mestdagh des succès commerciaux. »

« Jette rouvrira ses portes »

« Nous avons connu des moments difficiles, surtout au début de l’année 2024 », admet-il. « Mais c’est désormais du passé. Notre chiffre d’affaires prouve clairement que le système, la logistique et l’informatique fonctionnent, sinon il n’aurait pas été possible de réaliser une croissance aussi phénoménale. » La formation des collaborateurs était une mission : le concept Intermarché diffère fortement de celui de Carrefour Mestdagh, avec une politique de prix agressive et un grand rayon frais. « Ces magasins n’avaient pas de boucheries, nous les avons rouvertes, mais cela s’accompagne d’une courbe d’apprentissage importante. »

Entre-temps, Intermarché Belgique est effectivement dans le rouge. Selon Arnaud Meyrant« C’est une conséquence des investissements importants que nous réalisons et nous l’assumons. » Il n’est toutefois pas exact que deux tiers des magasins seraient déficitaires. Cinq magasins ont fermé leurs portes ces derniers mois : le parc commercial évolue. « Parfois, c’est le groupement qui prend la décision, parfois c’est l’adhérent. » Il ne commente pas la récente faillite de Jette, car un procès est en cours avec l’ancien exploitant. « Mais nous reprenons le magasin et il rouvrira bientôt. Nous voulons continuer à nous développer à Bruxelles, nous ne voulons donc pas fermer de magasins là-bas. C’est un magasin magnifique qui a du potentiel. »

Courbe d’apprentissage

Comment se fait-il alors que certains magasins rencontrent des difficultés ? « Tout d’abord, il peut y avoir des problèmes de gestion du magasin. Nous aidons alors ces magasins sur le plan financier et opérationnel. Mais il y a aussi la courbe d’apprentissage : un Mestdagh qui réalisait 3 000 euros par m² ne passe pas du jour au lendemain à 12 000 euros par m². La croissance du nombre de clients et du chiffre d’affaires demande un temps d’adaptation pour les équipes. Il y a aussi l’investissement : si vous investissez 2 à 3 millions d’euros, il faut du temps pour amortir cet investissement. »

Les magasins de Benoît Debusschere sont désormais en bonne voie : « Lors de l’acquisition, nous savions pertinemment que cela prendrait plusieurs années. Avec Gerpinnes, nous sommes déjà en équilibre en 2025 et nous réaliserons des bénéfices à partir de 2026. Nous avons pris de l’avance sur le plan, qui prévoyait sept ans. Genappe suivra d’ici 2029 ; c’est un magasin plus petit et c’était le site Mestdagh le plus faible. Je vais maintenant rénover Mouscron. Je suis optimiste. »

Protection judiciaire

Un audit externe a mis en évidence que certains anciens magasins ex-Mestdagh ont réalisé un chiffre d’affaires et une marge inférieure aux prévisions dans les premiers mois de leur reprise. « Nous avons décidé, au niveau du groupement d’adhérents, d’aider financièrement les magasins ponctuellement en difficulté. La grande majorité s’en est satisfaite. Quelques-uns n’étaient pas satisfaits et se sont placés sous protection judiciaire. Mais c’est relatif : ces magasins, défendus par Maître Demolin qui est intervenu dans la presse, sont ouverts, ont des clients, paient leurs factures en cours… »

Il n’est certainement pas question de 25 procédures en cours, ni d’une cinquantaine de demandes de valorisation. Seuls quelques entrepreneurs souhaitent quitter le groupe. « Nous avons constamment des valorisations, pour différentes raisons : parce que l’actionnariat change lors d’une succession, par exemple, parce que l’on veut vendre, parce que l’on veut refinancer… Certains entrepreneurs vendent à leurs enfants, d’autres prennent leur retraite. Il y en a aussi qui préfèrent continuer avec moins de magasins ou développer de nouveaux projets. »

Forte croissance du chiffre d’affaires

Une dizaine de magasins sont encore exploités « en portage » dans l’attente d’un repreneur définitif. « Un a été vendu le mois dernier, un autre sera vendu le mois prochain, trois ou quatre sont en cours de négociation avancées. Certains fermeront peut-être. Nous ne sommes pas un groupe intégré, donc si un magasin ne trouve éventuellement pas de repreneur, il sera soit vendu en externe, soit fermé. Parfois, nous attendons avant de prendre une décision définitive, car le marché est en pleine transformation. »

Arnaud Meyrant nous montre quelques slides avec des chiffres. « La croissance du chiffre d’affaires que nous avons réalisé entre 2023 et 2025 équivaut à près de 300 millions d’euros de croissance sans ouverture de magasins supplémentaires, voire avec quelques fermetures. L’année dernière, nous avons atteint un chiffre d’affaires de près de 2 milliards, en croissance de 6% malgré la disparition du tabac qui représentait 2 % de notre chiffre d’affaires, soit près du double de la croissance du marché. d. Sur le marché francophone, nous détenons désormais près de 13 % de parts de marché, et nous espérons atteindre rapidement 15 %. Le chiffre d’affaires par m² est déjà presque revenu au niveau d’avant le rachat de Mestdagh. »

« Nous n’allons pas nous arrêter là »

Nos interlocuteurs rejettent l’idée selon laquelle la maison mère française donnerait désormais la priorité à la croissance sur le marché domestique, avec le rachat des magasins Casino et Colruyt et un accord de franchise avec Auchan. « L’opération Mestdagh a été validée par le groupe. Compte tenu de notre structure actionnariale particulière, on pourrait dire qu’un adhérent portugais contribue à l’investissement en Belgique, mais qu’un adhérent belge contribue également au rachat de magasins en France. »

Les ambitions belges restent intactes : « Avec le rachat de Mestdagh, nous avons gagné vingt ans. Nous n’allons pas nous arrêter là. En Wallonie, nous sommes désormais sur le podium. Nous voulons  continuer à investir dans la rénovation selon le concept, agrandir les magasins, être présents dans des régions de Wallonie et de Bruxelles où nous ne sommes pas encore implantés, éventuellement avec de nouveaux formats. Plusieurs ouvertures de magasins sont prévues dans les mois et les années à venir. Nous avons actuellement environ 85 adhérents, nous en aurons bientôt 90. Il est vrai que nous avons peu communiqué sur nos réalisations ces derniers temps. C’est quelque chose que nous devons encore apprendre. »

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