Analyse
3/9/26

Inflation alimentaire : pourquoi les courses continuent-elles de coûter plus cher ?

Malgré une inflation alimentaire quasi stable en Belgique, à 0,36 % en août, l’inflation générale repart nettement à la hausse et risque d’exploser en fin d’année. Selon les dernières prévisions du Bureau fédéral du Plan, elle pourrait atteindre 5,24 % en janvier 2027, après une moyenne de 3,6 % en 2026. Parallèlement, une enquête de Testachats montre que les consommateurs ont le sentiment de dépenser davantage en supermarché. Alors, pourquoi ce décalage entre les statistiques et le ressenti du caddie ?

Les chiffres peuvent sembler contradictoires. En août, l’inflation alimentaire augmente légèrement par rapport à juillet. Dans le même temps, l’inflation générale atteint 3,97 %, contre 3,56 % un mois plus tôt.

Le Bureau fédéral du Plan prévoit par ailleurs une accélération de l’inflation dans les prochains mois : 4,7 % en septembre, 5 % en octobre et jusqu’à 5,24 % en janvier 2027. Pour l’ensemble de l’année, l’institution table désormais sur une inflation moyenne de 3,6 % en 2026 et de 3,4 % en 2027.

Pourtant, les consommateurs ne semblent pas avoir le sentiment que la pression sur leur budget diminue. Selon une enquête menée par Testachats auprès de 694 consommateurs, la dépense hebdomadaire moyenne déclarée en supermarché est passée de 139 euros en janvier à 149 euros en juin.

Une moyenne qui ne reflète pas chaque panier

Comment expliquer dès lors que les consommateurs puissent continuer à avoir le sentiment de payer davantage leurs courses alors que l’inflation alimentaire est proche de zéro ?

Pour Tom Simonts, économiste chez KBC, il faut d’abord se méfier d'une lecture trop directe de l’inflation. « L’inflation, c’est une moyenne, ça ne mesure pas tout », explique-t-il.

L’indice des prix regroupe en effet une multitude de produits dont les prix peuvent évoluer dans des directions très différentes. Une baisse importante sur certains produits peut ainsi compenser des hausses sur d’autres. Or, le poids de chaque produit dans le panier statistique ne correspond pas nécessairement à celui du panier d’un ménage.

C’est aussi ce qui explique que le consommateur puisse évoluer dans une forme de « zone ombrageuse » explique Pierre-Alexandre Billiet, CEO Gondola, où certains prix augmentent tandis que d’autres diminuent. Il ajoute : “les consommateurs achètent plus de marques de distributeurs par souci d’épargne, et ensuite un café latté macchiato à 11 euros; il n’y a plus de consistance ni une approche générale liée au pouvoir d’achat. “

Tom Simonts cite l’exemple du cognac qui illustre ce décalage : si son prix baisse fortement, cette évolution contribue à faire baisser l’indice, alors que le produit représente une part limitée des achats de nombreux ménages. À l’inverse, une hausse sur des produits achetés très régulièrement, comme des fruits ou des céréales, peut être beaucoup plus visible dans le budget quotidien.

C’est notamment ce que peut illustrer l’enquête de Testachats : 65 % des répondants estiment que les hausses de prix ont principalement touché certaines catégories. La viande et le poisson arrivent en tête, cités par 46 % des personnes interrogées, devant les fruits et légumes, mentionnés par 24 %.

Il faut également distinguer les différents indicateurs. L’inflation alimentaire publiée par Statbel concerne les produits alimentaires et les boissons, tandis que les achats réellement effectués en supermarché comprennent aussi de nombreux produits non alimentaires : entretien, hygiène, alimentation animale, etc.

Des prix qui ne sont pas revenus en arrière

Surtout, le ralentissement de l’inflation ne signifie pas que les prix ont retrouvé leur niveau d’avant. Cela signifie que leur progression ralentit. Même lorsque l’inflation d’une catégorie retombe vers zéro, les prix restent à un niveau plus élevé s’ils ont fortement augmenté au cours des années précédentes.

Les chiffres de Statbel montrent d’ailleurs que les trajectoires sont très différentes selon les catégories. En août, l’inflation alimentaire s’établit à 0,36 %, tandis que l’énergie affiche une inflation de 16,47 %, par exemple. Les produits alimentaires ne contribuent ainsi qu’à hauteur de 0,07 point à l’inflation totale, contre 1,44 point pour l’énergie.

Autrement dit, la pression sur le budget des ménages ne vient pas uniquement du rayon alimentaire. D’autres dépenses peuvent continuer à peser sur le portefeuille, même lorsque les prix alimentaires évoluent peu.

Le risque d’une inflation qui repart

Le contexte des prochains mois pourrait par ailleurs entretenir cette impression d’un ticket de caisse élevé. Le Bureau du Plan prévoit en effet une nouvelle accélération de l’inflation générale, avec un pic attendu à 5,24 % en janvier 2027.

Pour Tom Simonts, cette perspective joue également sur les anticipations des consommateurs. « Le vrai risque, c’est la crainte de tout le monde que l’inflation continue », estime-t-il. Le flux constant d’informations sur les hausses de coûts peut renforcer cette impression : « On a l’impression que tout devient plus cher, alors que ce n’est pas toujours le cas. »

Cette perception s’inscrit aussi dans un décalage plus large entre les attentes des consommateurs et leur pouvoir d’achat, selon Pierre-Alexandre Billiet. “Nos attentes et nos désirs augmentent plus vite que notre pouvoir d'achat” résume-t-il.

L’expert en retail rappelle la situation lors du covid ou le consommateur ressentait son pouvoir d'achat augmenter, et ses besoins et ses désirs encore plus vite. Résultat: il s’est totalement laissé aller et a consommé massivement.

Hors aujourd’hui, la situation est inversée: les désirs subsistent, et le pouvoir d'achat est sous pression. C’est ce delta-là qui crée la frustration et un ressenti de manque. “C’est une sensation de sevrage”, conclut le CEO.

Selon l’enquête de Testachats, 52 % des répondants déclarent acheter davantage de produits en promotion, tandis que 39 % se tournent davantage vers les marques “white label” de distributeurs.

Malgré le ralentissement de l’inflation alimentaire, le budget consacré aux courses reste sous pression. Et avec une inflation générale qui pourrait dépasser les 5 % dans les prochains mois, la question du pouvoir d’achat reste loin d’être réglée.

Gondola

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