Face aux risques de coupures d’électricité, de cyberattaques ou de catastrophes naturelles, plusieurs pays européens réfléchissent à la manière de maintenir l’accès aux produits alimentaires en situation de crise. Au Danemark, aux Pays-Bas et en Estonie, des initiatives voient le jour pour permettre à certains supermarchés de continuer à fonctionner lorsque les infrastructures habituelles sont perturbées.
Et si, demain, une panne électrique de grande ampleur empêchait les supermarchés d'ouvrir normalement pendant plusieurs jours ? Comment garantir aux consommateurs l'accès à la nourriture et aux produits de première nécessité ? C'est précisément l'objectif des « magasins d'urgence », un concept qui commence à se développer dans plusieurs pays européens.
Concrètement, il s'agit de préparer certains points de vente à fonctionner même en situation de crise. Cela passe notamment par l'installation de générateurs de secours pour alimenter les réfrigérateurs, l'éclairage et les caisses, mais aussi par des systèmes de paiement hors ligne permettant aux clients de régler leurs achats sans connexion Internet. Ces magasins disposent également de stocks de produits essentiels : eau, pâtes, riz, conserves, produits d'hygiène, piles ou couches. L'objectif étant de garantir un accès minimum à l'alimentation à la population.
Au Danemark, 51 magasins prévus d'ici 2027
Le groupe danois Salling Group, qui exploite notamment les enseignes Bilka, Føtex et Netto, prévoit de transformer 51 magasins en points de vente capables de fonctionner en situation d'urgence. Le réseau comprendra 17 Bilka, 32 Føtex et deux Netto. Il doit permettre à près de 80 % de la population danoise de se trouver à moins de 50 kilomètres d'un magasin équipé.
Ces établissements devront pouvoir fonctionner pendant au moins 48 heures en cas de coupure d'électricité et de perturbation des communications. Des générateurs alimenteront les équipements essentiels et un partenariat avec le prestataire Nets permettra de maintenir les paiements par carte et par téléphone hors ligne.
Des stocks spécifiques seront également constitués, comprenant notamment des pâtes, du riz, des conserves, de l'eau, des légumineuses et des produits d'hygiène. Le groupe vise un déploiement complet d'ici 2027. Près de dix magasins avaient déjà fait l'objet de travaux fin octobre 2026.
Aux Pays-Bas, les concurrents coopèrent
Aux Pays-Bas, Albert Heijn, Jumbo et Aldi discutent également de la création d'un réseau de magasins d'urgence.
Le principe est différent du Danemark. En Hollande,le but de cette coalition serait de maintenir au moins un magasin opérationnel par région en cas de crise majeure. Les discussions impliquent également l'organisation professionnelle du commerce alimentaire, le CBL, et le ministère de l'Agriculture.
La particularité du projet est la coopération entre des enseignes habituellement concurrentes. Les distributeurs souhaitent également discuter avec les pouvoirs publics du financement des équipements nécessaires, dont les coûts sont importants. Le projet n’est toutefois encore qu’au stade de discussion..
L'Estonie mise sur un partenariat public-privé
L'Estonie développe, de son côté, un réseau de 110 magasins de crise avec l'appui de son Agence des réserves stratégiques (ESPA).
Le dispositif prévoit que l'État fournisse les générateurs de secours aux commerces partenaires. En contrepartie, ceux-ci doivent adapter leurs installations et s'engager à maintenir une activité minimale en situation d'urgence, notamment en restant ouverts au moins cinq heures par jour.
En septembre 2026, 79 accords avaient déjà été signés et 46 magasins avaient reçu leur générateur. Le réseau est donc en cours de déploiement.
Et chez nous ?
En Belgique, les magasins d’urgence ne semblent pas (du tout) être à l’ordre du jour. Aucun projet comparable à ceux du Danemark ou de l’Estonie n’a été annoncé à ce stade, et le sujet ne semble pas faire l’objet d’une réflexion particulière au niveau du secteur.
Pourtant, les enjeux sont loin d’être négligeables : les 29 centres de distribution des supermarchés belges approvisionnent environ 8 millions de personnes. Leur fonctionnement est donc essentiel pour assurer la continuité de l’approvisionnement en cas de crise.
Interrogé sur la question, Comeos, la fédération du commerce, reste prudent : « Nous allons examiner si le contexte belge nécessite également une telle solution. »