Info générale
26/2/26

Des adhérents tirent la sonnette d’alarme : Intermarché Belgique a-t-il mal digéré le rachat de Mestdagh ?

Le calme n'est pas encore revenu chez Intermarché Belgique. Il semblerait que l'enseigne ait vu trop grand avec l' acquisition de Mestdagh , provoquant un véritable chaos au niveau de la logistique, des opérations, des finances et de l'informatique. Cette situation engendre le mécontentement des franchisés et, désormais, des faillites.

abus

La faillite d'Intermarché Jette il y a quelques semaines a de nouveau mis en lumière les faiblesses du modèle économique belge, loin d'être aussi solide qu'il n'y paraît. Plusieurs entrepreneurs avaient déjà tiré la sonnette d'alarme en novembre dernier . Selon eux, Intermarché avait tenté de minimiser ses problèmes internes et d'en imputer la responsabilité à une mauvaise gestion de certains dirigeants. Mais de plus en plus de voix s'élèvent contredisent catégoriquement cette version officielle et se tournent à nouveau vers la presse.

Pour des raisons compréhensibles, tous les membres ne souhaitent pas témoigner officiellement ni révéler les pratiques abusives du détaillant : la direction aurait mis en garde les entrepreneurs qui prendraient la parole, d'après nos informations. RetailDetail s'est entretenu avec plusieurs entrepreneurs disposés à partager leur expérience.

Le tableau qu'ils dressent de ce groupe de supermarchés coopératifs, troisième acteur de son secteur en France et présent en Belgique depuis 1995, est plutôt sombre. Ce groupe n'a cependant percé qu'après l'acquisition d'environ 80 anciens supermarchés Carrefour Market en 2022.

Des tas de preuves

Un membre se présente à la réunion avec un dossier impressionnant de preuves : bons de commande imprimés, bons de livraison, factures et courriels, autant de documents qui témoignent du chaos qui règne chez le détaillant. Il est déterminé à redorer son image.

« Je suis un entrepreneur expérimenté ; toutes mes entreprises précédentes ont été couronnées de succès. Nous pensons que les difficultés rencontrées sont principalement dues à des problèmes structurels au niveau de l'usine », explique-t-il. « Nous croyions en ce projet ; nous nous y sommes investis corps et âme, mais en vain. » Le fait que le détaillant reconnaisse ces anomalies dans divers documents renforce sa conviction.

Il cite l'exemple de l'ancien Mestdagh à Jette, près de Bruxelles, fermé depuis le 4 janvier suite à une faillite : le permis environnemental était incomplet et l'armoire électrique n'avait pas été inspectée, privant ainsi l'entrepreneur de plusieurs subventions pour rénovation. Autre problème à Bruxelles : Intermarché refuse d'investir dans une brochure bilingue. « Nous perdons des clients néerlandophones. Et pour être en conformité, nous devons étiqueter manuellement tous les emballages de marque distributeur avec des informations en néerlandais. »

Rayons vides

Après la rénovation selon le nouveau concept Intermarché, la plupart des magasins sont loin d'atteindre les objectifs de vente annoncés par l'étude de marché. Ce retard s'explique en partie par des problèmes d'approvisionnement : des rayons vides ne génèrent pas de ventes. La cannibalisation pose également problème dans certaines régions, où trop de magasins empiètent sur le territoire de leurs concurrents. Selon nos sources, le rachat de Mestdagh semble de plus en plus être un cadeau empoisonné.

Les magasins Mestdagh ont d'abord continué d'être approvisionnés depuis le centre de distribution de Gosselies, mais le distributeur n'a pas pu livrer à temps les nouveaux points de vente en produits de marque propre. Cette situation s'explique non seulement par la forte croissance en Belgique, mais aussi en France, où le Groupement Mousquetaires a racheté de nombreux magasins au groupe Casino – et où l'intégration de 81 magasins Colruyt , ainsi que le partenariat avec Auchan , restent à finaliser . Les usines de marques propres – souvent détenues par le groupe lui-même – semblent incapables de suivre le rythme de cette forte croissance. Par ailleurs, l'organisation belge avait complètement sous-estimé la croissance des volumes.

« Amateurisme »

Depuis la réorganisation logistique – produits secs de Gosselies, produits frais de Villers-le-Bouillet et le reste de Trazegnies – les magasins Intermarché historiques sont également impactés. En l'absence de références essentielles, la marge correspondant à la composition des produits imposée par ITM ne peut être atteinte. Alors que le groupe garantissait sur le papier une marge brute d'au moins 19,96 %, un audit réalisé par KPMG a révélé qu'elle n'était que de 16,2 % pour les anciens magasins de Mestdagh et de 19 % pour les Intermarché historiques. Un niveau insuffisant pour être rentable. Une enquête interne aurait mis au jour des irrégularités au sein des centres de distribution.

Autre grief : tous les membres ne sont pas traités de la même manière. Certains magasins ont reçu leurs commandes, d’autres non, ou en ont reçu moins. « La situation s’est améliorée depuis. » À cela s’ajoute une série d’erreurs administratives et de facturation. Bref : l’organisation n’était visiblement pas préparée à une telle situation. Les membres dénoncent ouvertement un manque de professionnalisme.

Problèmes structurels

« Nous avons acquis notre magasin avec la conviction sincère qu'il était possible de le revitaliser grâce au soutien et à l'expertise d'un grand groupe. Pendant dix-huit mois, nous et tous nos employés avons travaillé sans relâche, tant sur le plan personnel que financier et professionnel, pour relancer l'activité, moderniser le magasin et préserver les emplois », explique un membre du groupe.

Le plus difficile n'était ni la charge de travail ni le risque entrepreneurial – que nous assumions pleinement – ​​mais le décalage progressif entre nos efforts sur le terrain et l'absence de réponses concrètes aux problèmes structurels auxquels nous nous attaquions. Ce sentiment d'isolement, malgré des avertissements répétés et documentés, était particulièrement difficile à vivre.

chiffres rouges

L'organisation belge survit grâce à des fonds français, selon certains employés du siège de Louvain-la-Neuve. Seuls les quinze plus grands magasins – généralement des enseignes bien établies – dégageraient des bénéfices significatifs. Plus de la moitié, voire les deux tiers, des 153 magasins sont déficitaires. D'après divers actionnaires, au moment de la rédaction de cet article, les magasins devaient au total plusieurs dizaines de millions d'euros au siège. Concernant le magasin de Jette, Intermarché évoque un montant d'environ 3 millions d'euros d'arriérés, un chiffre dont le montant et le principe sont formellement contestés par l'ancien exploitant.

Intermarché a proposé à certains de ses membres de convertir ces dettes en prêts, à un taux d'intérêt de 6 %. Le franchiseur devient ainsi la banque. Les commerçants sont alors tenus de signer un protocole par lequel ils se portent caution. Au moins trente magasins se trouvent déjà dans cette situation. Ils sont pris au piège. Par ailleurs, la France a imposé une contribution financière aux détaillants belges liée à l'intégration (appelée « taxe Mestdagh » par les membres) afin de compenser les pertes.

Par ailleurs, depuis fin 2018, une nouvelle politique commerciale restreint la liberté des entreprises de s'approvisionner ailleurs et autorise Intermarché à livrer des marchandises sans commande. Ces flux forcés ont été « légalisés » par un amendement entré en vigueur en janvier 2026. Cette mesure suscite également la colère.

Soldes à venir ?

L’an dernier, Laurent Boutbien, proche de Thierry Cotillard, PDG de la Société Les Mousquetaires, a été nommé à la tête de l’entreprise pour rétablir l’ordre . Depuis, il a remanié le conseil d’administration, mais dans ses discours, il continue, semble-t-il, de minimiser les problèmes structurels : tout est imputé à des entrepreneurs « incompétents ». « En théorie, nous sommes une coopérative. D’où le nom Mousquetaires : un pour tous, tous pour un. Mais aujourd’hui, c’est chacun pour soi. Les adhérents sont abandonnés », entend-on.

La question est de savoir si et comment le Français peut redresser la situation : « Il nous faudra un miracle. » Actuellement, 25 magasins sont officiellement en cours de rachat, 25 autres sont discrètement à vendre et 5 ont déjà déposé le bilan – et ce n’est pas tout, car des procédures de sauvegarde sont également en cours pour au moins 7 autres. L’organisation terminera sans aucun doute l’année avec beaucoup moins de supermarchés qu’aujourd’hui.

Mais cela ne semble pas préoccuper outre mesure le numéro trois français, selon nos interlocuteurs. « Pour Cotillard, la Belgique n'est qu'un détail : "La France d'abord" est sa devise. Les Mousquetaires sont déterminés à détrôner Carrefour de sa deuxième place sur leur marché national. Tout le reste doit passer après cet objectif. Il n'y a plus aucun Belge au conseil d'administration de la Société Les Mousquetaires. Nous ne serions pas surpris que le groupe décide de se retirer de la Belgique. La véritable mission de Boutbien est peut-être de préparer l'entreprise à une vente. »

RetailDetail a sollicité une réaction de la direction d'Intermarché Belgique. Le directeur général Arnaud Meyrant et son associé Benoît Debusschere répondent en détail aux accusations dans l'article « Intermarché Belgique a gagné vingt ans avec l'acquisition de Mestdagh ».

Retail Detail

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