Trois semaines après la cyberattaque massive qui avait frappé quelque 700 supermarchés français, le scénario se répète en Belgique. Delhaize, Carrefour, Spar et Intermarché sont touchés, à des degrés divers, par le piratage de leurs systèmes de réfrigération. Avec, à la clé, des marchandises perdues et des dégâts encore difficiles à évaluer. Cette attaque aurait-elle pu être évitée ? Dès le 16 octobre, un spécialiste belge de la cybersécurité avait pourtant tiré la sonnette d’alarme.
C’est la stupeur dans la grande distribution belge ce matin. Le scénario français d’il y a trois semaines se répète. Des pirates informatiques ont attaqué les installations frigorifiques de plusieurs dizaines de supermarchés, toutes enseignes confondues. Un scénario similaire à celui vécu en France. Tôt ce matin, on apprenait que Delhaize avait été touché. Mais depuis, Gondola a appris que Carrefour, Spar et Intermarché ont, à des degrés divers, également subi l’attaque.
Concrètement, des pirates sont entrés via des failles de sécurité dans les systèmes qui régulent la température des surgélateurs et des frigos, modifiant les réglages pour faire grimper la température. Résultat : de la nourriture impropre à la consommation et des pertes. L’évolution de la situation dans les prochaines heures nous en apprendra davantage sur l’ampleur des dégâts.
Trois semaines après la France, la Belgique frappée à son tour
Ce qui interpelle aujourd’hui ? C’est que cette attaque a été menée trois semaines après l’énorme cyberattaque française qui avait touché environ 700 magasins (Intermarché, magasins U, Carrefour, Monoprix, Auchan…). Si la France a eu la gueule de bois, la Belgique avait observé cela à distance.
Le lien saute aux yeux, même si, à l’heure actuelle, on ignore si le matériel touché est identique à celui visé en France (du Danfoss). L’attaque semble identique. Du coup, pouvait-on le prévoir ? Oui. Clairement oui !
Dès le 16 octobre, un spécialiste belge avait donné l’alerte
Le spécialiste de la cybersécurité Approach Cyber avait alerté dès le 16 octobre sur le fait qu’un tel scénario était tout à fait possible sur le marché belge. Dans un article publié sur son site, la firme expliquait avoir mené une analyse rapide le 12 octobre, à l’aide de deux moteurs de recherche spécialisés dans les objets connectés.
Cela avait « permis d’identifier environ 700 équipements Danfoss accessibles depuis Internet en Belgique, évoque Approach Cyber. Parmi eux, quelque 400 semblent fonctionner avec une version vulnérable du logiciel. Plusieurs chaînes de distribution belges, dont certaines enseignes majeures, figurent parmi les entreprises concernées. »
Pire encore : sans donner plus de détails, la firme soulignait que « les congélateurs des supermarchés ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Ce que nous observons ici est une mauvaise pratique récurrente en matière de cybersécurité, que l’on retrouve dans tous les secteurs utilisant des équipements connectés ».
Et de préciser que « l’attaque menée en France ne nécessitait pas de techniques particulièrement avancées : il suffisait d’identifier les appareils vulnérables à l’aide de moteurs de recherche spécialisés, d’exploiter la faille et de régler la température à 50 °C. La sophistication de l’opération se situe ailleurs : dans sa capacité à frapper simultanément des centaines de magasins appartenant à plusieurs enseignes. Un tel niveau de coordination témoigne d’une préparation en amont et démontre que cette exposition est connue et peut être exploitée à grande échelle. »
Qu’a-t-on fait depuis l’attaque française ?
La grande question qui devra être tranchée, une fois la situation belge réglée, sera bien sûr d’analyser ce qui a été fait depuis l’attaque en France.
Du côté de Carrefour, on précise avoir « une nouvelle fois rappelé (aux franchisés, NDLR) les règles de sécurité informatique et demandé expressément de vérifier celles qui concernent les systèmes de refroidissement ».
Cela n’a semble-t-il pas suffi. Ou pas été appliqué…