Analyse
7/10/26

Colruyt, Aldi, Lidl et les syndicats mènent une offensive de lobbying sur l’ouverture des magasins le dimanche

En collaboration avec trois syndicats, Colruyt, Aldi et Lidl mènent une offensive remarquable visant à instaurer ce qu’ils appellent des « conditions de concurrence équitables » dans le secteur de la grande distribution. Cette initiative devrait permettre aux magasins discount d’ouvrir le dimanche à un coût abordable, mais les divergences au sein du secteur sont très marquées.

Des parts de marché sous pression

Les chaînes de discount Colruyt, Aldi et Lidl, en collaboration avec trois syndicats, ont plaidé auprès du ministre de l’Économie et de l’Emploi, David Clarinval (MR), en faveur d’une « égalité des chances » dans le secteur, rapporte le journal De Standaard. Elles intensifient ainsi la pression pour que soient comblées les disparités en matière de salaires et de conditions de travail dans le secteur de la grande distribution. En effet, les supermarchés indépendants appliquent aujourd’hui des salaires plus bas et bénéficient d’une plus grande flexibilité, ce qui leur permet notamment d’ouvrir plus facilement le dimanche.

Depuis la décision de Delhaize de vendre tous ses magasins en propre à des exploitants indépendants, ces grands supermarchés sont généralement ouverts sept jours sur sept – tout comme les magasins franchisés de Carrefour, Albert Heijn, Intermarché, Spar, Alvo et Jumbo. Cela fait mal aux chaînes de discount : leur part de marché est sous pression, comme cela a encore été confirmé récemment lors de l’assemblée générale du groupe Colruyt.

« À travail égal, salaire égal »

Colruyt a toutefois conclu un accord avec les syndicats concernant l’ouverture dominicale de sa chaîne de magasins de proximité Okay, tout comme Carrefour pour ses hypermarchés et ses supermarchés intégrés, mais ces magasins ne sont ouverts le dimanche que le matin et une prime de 50 % s’applique. Selon le leader du marché, ouvrir également les grands magasins Colruyt « Meilleurs Prix » le dimanche dans ces conditions ne serait pas rentable. Les négociations concernant l’ouverture dominicale chez Aldi et Lidl s’avèrent apparemment difficiles, mais « c’est une nécessité », nous dit-on.

D’où donc ce lobbying visant à convaincre les responsables politiques de modifier les règles du jeu. Les discounters plaideraient, en collaboration avec les syndicats, pour que les conditions soient harmonisées entre les succursales et les indépendants au sein d’une même chaîne, à l’image du modèle néerlandais. « Nous sommes favorables à un salaire égal pour un travail égal », déclare Kristel Van Damme, de l’organisation chrétienne ACV Puls, dans le journal. Les syndicats portent également un regard critique sur les contrats de franchise, qui restreindraient trop la liberté des entrepreneurs.

Différents modèles économiques

Cela ne plaît évidemment pas aux chaînes de supermarchés qui travaillent principalement, voire exclusivement, avec des franchisés. Au sein de la fédération du commerce Comeos, les discussions sont vives et les divisions importantes, comme on l’apprend en coulisses. Le fait que les trois chaînes souhaitent modifier les règles du jeu pour protéger leur part de marché suscite l’indignation de leurs concurrents. « Rien n’empêche Colruyt de rendre lui aussi ses magasins indépendants », entend-on dire.

Pour les entrepreneurs indépendants, des conditions de concurrence équitables entraîneraient une forte augmentation des coûts, qu’ils ne peuvent pas supporter compte tenu de leurs marges extrêmement faibles : « Les modèles économiques sont bien trop différents. C’est comme si l’on mettait la Ligue des champions et la Ligue Europa Conférence dans le même panier », explique Luc Ardies, de l’organisation d’indépendants Unizo. Le fait est que le modèle des magasins discount exige une gestion rigoureuse et une uniformisation poussée, tandis que les supermarchés de services doivent pouvoir compter sur une certaine flexibilité et un marketing local.

Il semble peu probable qu’une percée se profile à court terme. Toutefois, à l’initiative du Conseil central pour les affaires (CRB), une réunion rassemblant tous les acteurs concernés aura lieu lundi prochain, au cours de laquelle trois rapports sur l’avenir du commerce seront présentés.

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