Le vol en magasin ne connaît ni âge, ni statut social, ni profession : tout le monde peut en être capable. C’est un problème récurrent, d’autant plus que les gens volent et en subissent rarement les conséquences : dans les faits, on constate peu de poursuite et une relative impunité. De plus, les caissiers et caissières n’osent souvent pas intervenir, surtout face à des clients habituels.
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Cet article est tiré de l'édition mars 2026 du magazine Gondola.
D’ailleurs, certains clients fidèles exploitent leur historique dans le magasin pour justifier leur légitimité. Un exploitant nous raconte qu’après avoir confronté un client pour vol : celui-ci a immédiatement invoqué ses 25 années de fréquentation régulière, insinuant que sa fidélité lui donnait une forme d’impunité. Ce client, qui dépensait jusqu’à 700 euros par mois au magasin, a même demandé à ce que le personnel ne soit pas informé, pour ne pas être jugé par ceux qui le connaissaient depuis longtemps. “Il profite des lacunes du système et menace même de ne plus revenir dans le magasin. Cette impression d’impunité qui est frustrante : certains clients pensent que le magasin leur appartient et que tout est permis”, témoigne l’exploitant, outré.
Un autre profil de voleurs est particulièrement surprenant. Il s’agit de clients financièrement aisés, qui ne sont pas dans le besoin et qui volent par… plaisir ou opportunisme. Le même exploitant nous a parlé d’une femme, travaillant dans les institutions européennes et roulant en "grosse bagnole", qui a été arrêtée avec deux grands sacs de courses. Elle avait scanné le contenu d’un seul sac, prétextant que la scannette ne fonctionnait pas sur le reste des courses. Ironie du sort : les articles non scannés étaient parmi les plus coûteux (viande, bio etc.). “Même des personnes qui ont les moyens peuvent voler en magasin. C’est incroyable, et c’est pour cela qu’on met en place davantage de mesures de sécurité. C’est pour dissuader ce type de comportement”, poursuit-il.
Cependant, le vol dans le rayon alcool n’est plus principalement le fait de clients impulsifs cherchant une bouteille pour le plaisir ou l’adrénaline, mais celui de réseaux organisés. Ces réseaux, bien plus sophistiqués que le voleur opportuniste, agissent en équipes, mettent en place des stratégies coordonnées et exploitent les failles des dispositifs de sécurité existants. Leur fonctionnement est structuré, avec des entrepôts de stockage, des relais de distribution et un approvisionnement à la commande, notamment pour les night shops. “Par exemple, un commerce situé dans le quartier festif du centre de Liège peut commander des bouteilles de Jack Daniel’s chaque vendredi à un contact de ces réseaux”, déclare Raphaël Tirone, cofondateur de la solution d’antivols Saecura.
Les réseaux organisés de vol opèrent aussi bien dans les centres-villes que dans les zones périphériques. Leur mode d’opération repose soit sur une organisation en petits groupes (binômes ou trinômes) soit sur des exécutants, généralement des personnes en situation de vulnérabilité, comme des sans-abri ou des personnes dépendantes. Pourquoi ? Parce qu’ils ont besoin d’un revenu et ne sont pas systématiquement poursuivis lorsqu’ils sont pris sur le fait. Ces exécutants sont donc rémunérés pour commettre les vols en magasin. Comment ? La marchandise volée est ensuite rachetée par l’instigateur à une fraction de son prix, parfois même à un tiers.
Sur le terrain, les exploitants sont bien conscients de ce risque. “Il ne s’agissait pas de petits vols occasionnels, mais de vols organisés avec parfois 10 bouteilles ou plus qui disparaissaient d’un coup, ou encore tout un rayon vidé. C’étaient des personnes qui remplissaient des sacs ou des caddies entiers de marchandise. On a déjà eu des tentatives de vols de 40 à 45 bouteilles de champagne, avec des sacs doublés d’aluminium pour passer les portiques. On a aussi eu des vols de viande, de chocolat et d’alcools forts”, témoigne Samir Chara, co-exploitant du Delhaize Saint-Antoine. Quentin Lauwers, exploitant du Carrefour Audent, relève à son tour : “Le café est aussi un produit souvent volé, puisqu’il coûte cher et génère du bénéfice à la revente. Ce ne sont pas des vols massifs de produits comme l’alcool ou le chocolat, mais plutôt des vols ciblés ou opportunistes.”
Gondola