Enquête
28/8/26

Ça bouge au sommet de Delhaize : « on n’est plus dans une phase de transformation, mais de transition »

Le changement du comité de direction de Delhaize dépasse le simple jeu des chaises musicales. Pour Pierre-Alexandre Billiet, CEO de Gondola, il traduit une nouvelle étape dans l’intégration de l’enseigne au sein d’Ahold Delhaize : les différentes entités commencent désormais à davantage travailler ensemble, notamment au niveau des centrales d’achat et plus uniquement en back office  Une évolution qui fait aussi émerger des talents belges à l’échelle du groupe.

Delhaize fait évoluer son comité de direction. À partir du 1er septembre, Raphaël Gentile quittera ses fonctions belges  au sein de l’enseigne pour rejoindre Ahold Delhaize EU&I en tant que SVP Own Brand Joint Sourcing. Jonathan Hertog reprendra ses responsabilités chez Delhaize et deviendra SVP Commerce & Sourcing.

Les équipes Quality, actuellement sous la responsabilité de Jonathan Hertog, seront quant à elles rattachées à Illya Van den Borre, SVP Human Resources, Corporate Affairs & Q&S, à partir du 1er octobre. Le comité de direction comptera alors huit membres.

Au-delà de ces changements de fonctions, Pierre-Alexandre Billiet y voit surtout le signe d’une nouvelle étape dans le rapprochement entre Delhaize et les autres enseignes d’Ahold Delhaize. « On n’est plus dans une phase de transformation, mais de transition et de synergies », résume-t-il. Le groupe a énormément de synergies en matière digitale, retailmedia et marketing.

Les différentes entités commencent à travailler ensemble

Pour comprendre cette transition, Pierre-Alexandre Billiet distingue plusieurs étapes dans l’évolution de Delhaize au sein d’Ahold Delhaize. D’abord les protocoles . puis la réorganisation de différents systèmes IT,  et fonctions financières et de back-office. Est ensuite venue les magasins et la franchisation d’une partie du réseau, un choix qui avait suscité de nombreuses interrogations à l’époque. Et où Delhaize a révolutionné le modèle de franchise à la papa en belgique vers un réseau avec une force de frappe potentiellement énorme

« À l’époque, cette franchisation était percue comme un acte de folie, aujourd’hui c’est plutôt vu comme un acte de courage », commente-t-il.

Le groupe arrive désormais à une nouvelle étape : celle des synergies continues entre les centrales, et notamment les achats. C’est, selon l’expert, un changement important dans la manière dont les différentes entités continuent à fonctionner ensemble.

Historiquement, Delhaize Belgique et Albert Heijn ont notamment développé des cultures différentes et ont fonctionné de manière relativement éloignée. Pour Pierre-Alexandre Billiet, cette distance est toutefois en train de se réduire. Le rôle du CEO belge contribue, selon lui, à créer davantage de ponts entre les différentes entreprises du groupe et à rapprocher les cultures.

Cette évolution se matérialise notamment dans les achats. « Il y a une réelle synergie au niveau des achats », souligne-t-il.

Le mouvement autour de Raphaël Gentile s’inscrit précisément dans cette logique. En quittant Delhaize Belgique pour rejoindre Ahold Delhaize EU&I sur une fonction liée au sourcing des marques propres, son expertise louée au sein des membres Gondola Society est désormais mise au service d’une organisation à une échelle plus large.

Les talents belges s’exportent

Le parcours de Raphaël Gentile constitue aussi, selon Pierre-Alexandre Billiet, un exemple de la manière dont certains profils développés chez Delhaize peuvent désormais évoluer au niveau international.

L’expert décrit Raphaël Gentile comme un profil reconnu pour sa transparence et son excellence, avec une expertise produit particulièrement forte. Son départ vers Ahold Delhaize EU&I n’est donc pas seulement un changement de fonction : il illustre aussi la capacité de l’organisation belge à faire émerger des profils capables d’évoluer au niveau du groupe.

Un phénomène que Pierre-Alexandre Billiet observe également avec Mattias De Backer, autre profil issu de Delhaize et parti exercer des responsabilités au niveau international.

Cette mobilité constitue toutefois un paradoxe pour l’enseigne. D’un côté, elle témoigne de la qualité des profils développés en Belgique ; de l’autre, Delhaize risque de voir partir certains de ses meilleurs éléments. « Le handicap, c’est que les profils qui sont vraiment très bons peuvent partir, même si pour les Belges c’est moins réjouissant », observe-t-il.

Delhaize muscle son équipe

Le remplacement de Raphaël Gentile par Jonathan Hertog témoigne également, selon Pierre-Alexandre Billiet, d’un renouvellement des profils dirigeants dans la grande distribution.

L’expert estime que les comités de direction du secteur étaient autrefois composés de quelques profils très forts, entourés de cadres davantage dans l’exécution. Aujourd’hui, il observe une montée en puissance des profils dirigeants, davantage « entraînés, costauds, armés ».

Jonathan Hertog en est, selon lui, un bon exemple. Son parcours au sein de Delhaize illustre cette montée en puissance de profils internes capables de prendre des responsabilités importantes et, demain, potentiellement d’évoluer eux aussi au niveau du groupe.

Une véritable « machine à talents »

Pour Pierre-Alexandre Billiet, cette évolution traduit finalement un changement dans les possibilités de carrière au sein de la grande distribution. Si passer directement de chef de rayon à chef de magasin peut rester difficile en interne, les parcours se sont diversifiés.

Un collaborateur peut désormais commencer à la centrale, développer son expertise et progressivement accéder à des fonctions de direction, en Belgique ou au niveau du groupe.

C’est cette concentration de profils et cette capacité à les faire évoluer que l’expert observe chez Delhaize qui “est une machine à talents”, estime-t-il.

L’enseigne ne serait donc plus seulement un marché où se développent des profils pour les besoins de la Belgique, mais aussi un vivier pour l’ensemble d’Ahold Delhaize. Les parcours de Raphaël Gentile, Mattias De Backer ou Jonathan Hertog illustrent cette porosité qui grandit entre les organisations.

Gondola

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