Analyse
11/7/25

Billet d'humeur - Quand les clics étranglent le commerce local

Temu, Shein, AliExpress

Ces noms sonnent désormais familiers, presque sympathiques. Ils incarnent une promesse : celle d’un monde où tout s’achète à prix cassés, en quelques clics, sans se lever du canapé. Mais derrière la façade colorée des applications mobiles se cache une autre réalité : celle d’un modèle économique qui, lentement mais sûrement, déstructure notre tissu économique local, détruit des emplois réels, et s’apprête à déferler sur le secteur alimentaire.

Oui, vous avez bien lu : demain, après les gadgets et les vêtements jetables, ce sont nos produits alimentaires qui seront expédiés depuis des entrepôts asiatiques, contournant toute logique de durabilité, de sécurité alimentaire, et bien sûr, de solidarité économique. À quel prix ? Moins cher que local, c’est sûr. Mais à quel coût collectif ?

Ce qui interpelle, c’est l’ironie cruelle de notre époque. On voit des enfants manifester leur colère parce que leurs parents ont perdu leur emploi dans un magasin, un entrepôt, ou une entreprise alimentaire mise à mal par la concurrence déloyale du e-commerce mondial. Et ces mêmes enfants, le soir venu, commanderont leur lunch du lendemain via Temu, sans conscience que ce simple geste alimente le même engrenage qui a broyé l’emploi familial.

Cherchez l’erreur ? Elle est là.
Dans cette fracture entre le geste individuel et ses conséquences collectives.
Dans cette illusion que l’économie est un jeu de consommation sans règles.
Dans cette croyance que tout progrès technologique est forcément un progrès sociétal.

Le commerce de proximité, lui, ne bénéficie ni d’exonérations fiscales lointaines, ni d’optimisation logistique à bas coûts. Il crée de l’emploi ici, paye ses charges ici, soutient les familles ici. Loin de l’ubérisation, il incarne encore une forme d’ancrage et de lien social que les colis livrés à bas prix ne remplaceront jamais.

Il est temps d’ouvrir les yeux, d’assumer nos choix de consommation comme des choix de société.
Car l’économie ne se détruit pas d’un coup de force… Mais clic après clic.

Pascal Niclot
Président d'Aplsia

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