"Ce n'est pas la pauvreté qui engendre le vol, c'est l'acceptation du vol qui détruit la société." - John Locke
Une explosion silencieuse
Les chiffres sont parlants, mais souvent tus. Les pertes liées au vol dans le commerce de détail sont estimées à des centaines de millions d’euros chaque année en Belgique. Pour certains points de vente, cela équivaut à plusieurs mois de bénéfices évaporés. Une charge insoutenable pour les indépendants, les franchisés qui voient leur rentabilité fondre au même rythme que la solidarité collective.
Les commerçants dénoncent une banalisation inquiétante. Pire encore : le vol est parfois justifié, minimisé, excusé sous le couvert de « la vie trop chère »ou « l’inflation ». Ce discours, aussi populiste que pernicieux, tend à faire porter la responsabilité du vol non pas sur l’auteur de l’acte, mais sur le système lui-même.
Un mal structurel et un sentiment d'impunité
Ce que vivent les commerçants, c’est un double choc : économique, mais aussi moral. Car les procédures judiciaires sont souvent longues, dissuasives ou inefficaces. La majorité des plaintes restent sans suite. La police, faute de moyens ou de priorité, intervient peu. Les dossiers sont classés sans suite. L’auteur recommence ailleurs. Ou même au même endroit.
Cela crée un dangereux précédent : un sentiment d’impunité qui favorise la récidive, et mine le lien de confiance entre commerçants, consommateurs et institutions.
Et pourtant, voler n’est pas un acte neutre
Chaque vol, aussi "petit" soit-il, a des conséquences bien réelles :
· une pression sur les prix, que tous les consommateurs finiront par payer ;
· un climat de suspicion, qui détériore la relation client ;
· une usure morale des équipes de vente, souvent impuissantes, parfois agressées ;
· des fermetures de magasins, en particulier dans les zones les plus sensibles.
Nous ne souhaitons pas uniquement relater les faits. Nous voulons aussi ouvrir des pistes de réflexion et d'action. Certaines initiatives concrètes, mises en œuvre à l’étranger, montrent qu’il est possible de rétablir une forme de respect dans l’acte d’achat :
- en France, plusieurs enseignes ont instauré des médiateurs de rayon, formés à la prévention et au dialogue, capables d’intervenir de en désescalades auprès des clients en situation de tension ou de vol présumé ;
- en Suède, des campagnes éducatives ont été menées dans les écoles primaires pour sensibiliser les enfants à la valeur des produits, au rôle du commerce de proximité et aux conséquences du vol sur l’ensemble de la société ;
- en Allemagne, certains Länder ont renforcé les liens entre commerçants et forces de l’ordre via des « cellules de vigilance partagée » qui permettent de mieux documenter les infractions et d’obtenir des suites plus rapides aux plaintes ;
- aux Pays-Bas, des systèmes de sanctions administratives locales ont été introduits, permettant de punir certains délits mineurs directement, sans engorger les tribunaux, tout en maintenant une réponse dissuasive.
Ces exemples montrent qu’il existe des alternatives crédibles, humaines et efficaces à l’indifférence ou à la résignation.
Il est temps de dire STOP !
Il est temps que la société se ressaisisse. Voler n’est ni un droit, ni un acte militant. Ce n’est pas une réponse sociale à la précarité. C’est une atteinte grave à ceux qui, chaque jour, ouvrent leur commerce, paient leurs fournisseurs, leurs employés, leurs impôts … pour servir, créer du lien, et faire vivre un quartier.
Personne ne peut se satisfaire d’un monde où le vol serait perçu comme une réaction "normale" à une époque difficile. À ce rythme, c’est toute la structure de la distribution, de la consommation et du vivre-ensemble qui se fissure.
Pascal Niclot
Président Aplsia