Analyse
29/1/26

Avec Delfood, Delhaize passe-t-elle vraiment la barre des 1000 magasins ?

On le sait, le dernier obstacle à la finalisation de l'acquisition de Delfood par Delhaize est levé. Ce qui a conduit pas mal d'observateurs à conclure que l'enseigne au lion compterait désormais plus de 1.000 points de vente en Belgique. Un calcul peut-être un peu trop rapide, qui nous a invités à nous livrer à un petit exercice de fact checking. Alors, Delhaize et Delfood réunis, combien de divisions ?

On voit fleurir ce commentaire à propos de la reprise de Delfood : elle ferait passer le parc belge de l'enseigne au lion – tous formats confondus – au-delà de la barre des 1.000 points de vente, ce qui en ferait le réseau le plus dense du pays. On additionne pour atteindre cet impressionnant total à 4 chiffres les 303 magasins couverts par Delfood évoqués par le récent communiqué de Delhaize au total des points de vente Delhaize, souvent donné pour 808 magasins. Est-ce correct ? Pas vraiment.

D'abord, l'inventaire des Delhaize belges est changeant (il vient encore de se compléter avec les 7 supermarchés ouverts sur les sites Cora). Il est aussi souvent confondu avec le total de magasins présents à la fois en Belgique et au Grand-Duché de Luxembourg. Si l'on parle du seul marché belge, il faut donc veiller à retrancher les 65 magasins luxembourgeois (11 supermarchés, 28 Proxy et 26 Shop & Go). On est donc bien plus proche du dernier recensement opéré, au printemps 2025, par Gondola Academy à l'occasion de la parution du poster "Belgian Retail Insights 2025". Delhaize y comptait alors 747 points de vente belges, répartis en 347 supermarchés, 239 Proxy et 161 Shop & Go. Ajoutons-y les sept nouveaux supermarchés apparaissant sur les sites Cora, et nous aboutissons à 754 magasins belges.

Mais du côté des louis delhaize aussi, il faut être précis. Le communiqué de Delhaize évoque le nombre de 303 magasins livrés par Delfood. Et "livrés" est ici le mot important. Tous ne sont pas des points de vente affichant l'enseigne louis delhaize, loin de là. Delfood joue en effet le rôle de grossiste auprès de supérettes et commerces alimentaires indépendants, opérant en-dehors de toute enseigne. Delfood n'est pas le seul à le faire. On pense par exemple à Lambrechts qui, au-delà des réseaux qu'il gère sous enseigne avec Spar, Spar Express et Supra, livre des magasins indépendants, dont ceux que la faillite du grossiste malinois Huyghebaert avait laissé sans plateforme logistique en 2014. Ce groupe de clients Delfood purement indépendants est lui aussi changeant, et il évolue régulièrement à la baisse, puisque ce type d'exploitation est en déclin. Ce qui peut peut-être expliquer que les 325 magasins qu'on plaçait dans l'orbite Delfood au moment de l'annonce de la reprise soient aujourd'hui devenus 303. Dans ces 303 points de vente, le dernier décompte de Gondola Academy avait identifié 114 magasins sous enseigne louis delhaize. Puisque 6 d'entre eux vont devoir être cédés pour respecter les conditions de l'Autorité belge de la concurrence, il en restera 108. En bonne arithmétique, le parc total de Delhaize, sur le seul territoire belge, et en cumulant les supermarchés, Proxy, Shop & Go et louis delhaize, comptera 862 points de vente. On est donc loin des 1.000 magasins évoqués dans la presse, et que Delhaize n'a d'ailleurs jamais revendiqués.

Mille magasins, non, mais le parc le plus large est bien là !

Proposer 862 points de vente n'en reste pas moins un réseau de taille considérable, qui fait passer Delhaize devant Carrefour et ses 712 magasins déclinés sous trois formats. Au-delà des chiffres, l'opération est aussi une belle accélération pour Delhaize sur le terrain des formules de proximité. Si Carrefour y est l'acteur le plus important avec Express, la concurrence se développe, y compris avec les nouvelles ambitions de Colruyt sur ce terrain. Dans le portefeuille belge du Groupe louis delhaize, Delfood était la branche la plus saine, puisqu'elle était rentable. Son dernier chiffre d'affaires connu, 255 millions d'euros, ne doit pas être confondu avec une valeur de vente au consommateur : il s'agit du prix de cession des marchandises, ce qui est logique pour un grossiste.

Reste une question, peut-être anecdotique pour nos lecteurs, mais pas tant que ça pour les journalistes consciencieux. Depuis des décennies, ils s'appliquent à écrire 'louis delhaize' intégralement en minuscules, pour respecter une sorte de Yalta entre les enseignes qui partageaient un nom de famille mais pas l'actionnariat. Delhaize, celui du lion, n'appréciait pas trop que le nom d'un concurrent puisse provoquer un malentendu chez le consommateur. A présent que cette enseigne de proximité, lointaine descendante de son fondateur Louis Delhaize, rejoint celle qui fut créée auparavant par ses frères aînés, peut-être pourra-t-on enfin oser les majuscules ? Les habitudes sont tenaces : même le communiqué de Delhaize ne se permet pas encore cette audace typographique…

Gondola

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