On a logiquement beaucoup abordé chez nous l'actualité du groupe Carrefour sous l'angle du statut secondaire réservé à sa filiale belge. Mais que pensent les analystes boursiers de cette stratégie 2030 censée propulser le groupe vers le succès ? Les velléités du distributeur français ne suffiront pas à occulter à leurs yeux les tendances et résultats les plus récents.
A show-me story. « Même si le management semble enfin de retour sur la bonne voie, Carrefour reste un dossier qui doit encore faire ses preuves », ont soulevé les analystes de la célèbre maison de courtage Bernstein dans la foulée des résultats annuels 2025 présentés mi-février par le plus grand food retailer d’Europe. Alexandre Bompard, CEO depuis juillet 2017, a exposé son troisième plan stratégique, Carrefour 2030, censé économiser plus d’un milliard d’euros sur ses coûts annuels et doper la rentabilité sur ses trois marchés principaux. « On est en droit de se demander pourquoi la direction commence seulement à se concentrer sur l'essentiel après huit ans aux commandes », fait-on remarquer chez Bernstein.
À la Bourse de Paris, le cours de l'action Carrefour accuse toujours un repli de près de 25 % depuis l’entrée en fonctions de l’actuel PDG et ce, malgré ses deux précédents plans stratégiques. Les objectifs du nouveau plan, qui visent notamment une marge opérationnelle de 3,5 % à terme, 25 % de parts de marché en France ou encore une croissance à un chiffre élevée du bénéfice par action, sont « très ambitieux », a estimé dans sa note William Woods, analyste chez Bernstein. Le distributeur est confronté à « un défi de taille » sur son marché domestique « structurellement difficile ». Surtout que le groupe a affiché des ventes inférieures aux prévisions sur le marché français.

La confiance des investisseurs « fragilisée »
Des tendances inquiétantes persistent, observe Borja Olcese, analyste European Food Retail chez J.P. Morgan Securities, en épinglant un flux de trésorerie disponible sous-jacent atone, un endettement accru, volumes négatifs). « Cela fragilise davantage la confiance des investisseurs », estime-il, pressentant un risque de baisse substantiel pour l'action avec un potentiel d'arrivée de nouveaux vendeurs sur le titre alimenté par la faiblesse persistante des fondamentaux de l'entreprise.
La thèse d’investissement recommandée par J.P. Morgan est de sous-pondérer Carrefour dans les portefeuilles, « la stratégie de maximisation des marges ayant entraîné une perte sévère de parts de marché », autour d’une juste valeur estimée à 10 à euros par action. Autrement dit, le cours boursier du distributeur pourrait encore fléchir de plus de 35 % par rapport au prix unitaire de 15,85 euros auquel évolue l’action au moment de rédiger cette analyse.
« Les perspectives restent vagues »
Borja Olcese insiste sur le fait que Carrefour a manqué ses prévisions et les attentes du marché en matière de ventes à périmètre constant et de volumes au dernier trimestre 2025, malgré des facteurs favorables tels que les cessions d'actifs et la baisse des investissements. « C'est un résultat bien pire qu'attendu, alors même que les attentes avaient été fortement revues à la baisse avant la publication. »
L’entreprise a néanmoins décidé de verser un dividende exceptionnel de 0,21 euro par action si la cession des activités roumaines se passe sans accroc, en plus de son dividende de 0,97 euro (+5,4% par rapport à 2024). Pourtant, « les perspectives restent vagues et, selon nous, les prévisions de croissance du résultat opérationnel du consensus font face à un risque clair de nouvelle révision à la baisse », relativise-t-on chez J.P. Morgan. Et l’analyste de conclure : « La direction doit regagner la confiance et cela prendre du temps. »
Gondola